
Le “gang des pastiches” est une série de textes courts parodiant des auteurs de polars connus, avec une particularité récurrente : un lien avec la Bibliothèque nationale de France.
À la manière d’ALBERT SIMONIN
J’avais laissé ma tire près du marché Saint-Paul et je gambergeais, tout en dégustant sur les endosses une de ces lancequines d’hivio à vous glacer le raisin. Je pigeais pas lerche pourquoi Riton s’esquintait toujours dans son bouclard pas plus grand qu’une échoppe de bouif alors qu’il avait déjà un bon matelas. Il m’avait bigophoné hier. Il voulait me voir pour affaire.
Seulement voilà, mézigues, il a décidé d’arrêter le frais et de se mettre au vert dans son pavillon de Nogent pour passer peinard les dernières piges de sa vie. Le Riton, j’aurais pu l’envoyer chez Plumeau, mais voilà, lui et moi on est poteau de bal.
Je trouvais mon Riton plutôt bizarre. Il m’a fait rentrer dans son boui-boui, puis il a lourdé la boutique sous le tarin d’un client qui semblait s’intéresser à toutes les tarderies qu’il avait en vitrine.
— Merci d’être passé, Max. Avant de décher les biftons, je voudrais ton avis sur un bouquin qu’on veut me fourguer. J’ai pas envie de me faire emplâtrer.
— Ah, parce que tu fais dans le papier, maintenant ? J’espère que c’est pas pour casser le bouquin, j’aime pas trop ça, moi, la vente à la découpe. Et puis tu sais que j’ai arrêté le turbin.
— Arrête de renauder, Max.
— Gy ! mais c’est bien parce que t’es un pote. Montre-moi la came.
— C’est que je l’ai pas sous la pogne. Mon fournisseur attend un coup de grelot pour rappliquer.
— Allez-va, appelle ton gonze, qu’on en finisse.
Riton envoya le duce.
— T’as pas un gorgeon à m’offrir en attendant ?
C’est là qu’on voyait qu’il n’était pas dans son assiette, le Riton. Avant y’ avait pas besoin de revendiquer pour qu’il sorte les guidals.
On a même pas eu le temps d’écluser les godets que le gnère s’est pointé. C’était un nordaf de vingt piges, qui marchait en roulant le coffre pour faire le cador, avec un bigorneau collé sur l’escalope. Il portait sous l’aile un pacsif en papier journal.
J’aime pas les types qui veulent en installer. Surtout quand c’est des jeunôts avec du lait qui sort du pif. Ça m’a mis en rogne contre Riton qui m’avait entraîné dans cette embuscade.
Le crouille est entré sans dire bonjour et en jactant dans son biniou. Il a déballé le pacson et en a sorti une grande boîte en toile verte. Dans la boîte, il y avait un gros in-quarto gonflé qui s’ouvrait tout seul.
Je n’en croyais pas les quinquets. La Commedia de Dante, édition de Foligno, 1472, de la cartaude de Jeannot Neumeister … et sur vélin, encore.
— Qu’en penses-tu … ça doit coûter grisol un truc comme ac ? m’a lancé Riton.
Je n’ai pas répondu. Je me suis contenté de feuilleter le livre. Et c’est là que j’ai vu un truc qui m’a vraiment déplu. Sur la première page, un griffonnage au crayon et une superbe estampille ovale : Bibliothèque Royale.
— T’as trouvé ça où, j’ai dit au demi-sel ?
Il m’a maté crânement.
— Tu crois pas que je vais te donner le filon papy ? dis-moi plutôt combien ça douille.
Je lui ai répondu d’autor.
— Je sais très bien d’où il vient ton bouquin, et il va y retourner aussi sec. La Nationale, c’est sacré. On touche pas à la Bibli.
— Et tu vas faire quoi ? chercher les keufs ?
Il avait un ton insolent que je n’aimais pas. J’ai dit, très calme, mais en serrant les meules.
— Toi le morveux, tu vas me donner cette boîte et tu vas calter vite fait avant que je m’énerve. Je vais aller rendre moi-même le bouquin à son proprio, et je lui demanderai de ne pas porter le deuil.
J’ai compris qu’il s’en fichait. Il a refemé la boîte en me faisant un geste impoli.
Ce gars-là, déjà que je ne pouvais vraiment pas le blairer, il a fallu qu’il me mette en renaud. Ma pogne, elle est partie toute seule, droit sur le pif. Le bigophone a valdingué et le gonze a commencé à se tortiller en se tenant le tarbouif.
Riton s’est approché de cézigue pour lui retirer la boîte des mains. À ce moment-là, j’ai vu briller une saccagne. Riton s’est arrêté sec en se tenant le bide, puis s’est écroulé, plié en deux et pissant le raisiné.
J’ai fait ni une ni deux, le Colt-Cobra que je porte toujours dans la ceinture a trouvé le chemin de ma paluche et j’ai envoyé la fumée sans chercher à piger. L’autre s’est mis à danser comme un pantin à chaque bastos qu’il recevait dans le buffet.
Je me suis dit : « Max, pour un mec qui veut se mettre au vert, ça va droit chez Malva ». Riton était tout à fait refroidi, et le zigue que j’avais dézingué dans un sale état. Il lisbroquait dans le futal et bavait des clignots en me suppliant d’appeler un toubib. Je l’ai achevé d’un pruneau dans la tronche.
Il fallait que je décarre fissa car je ne tenais pas à porter le bada. J’ai envoyé deux coups de bigo, l’un aux sapeurs-pompiers pour leur signaler deux clients, l’autre à Tony Coron, un de mes potes à la BNF, pour lui dire de venir récupérer son bouquin.
J’ai refermé les châsses de Riton et j’ai mis les adjas avant l’arrivée des pompiers. Je n’avais pas envie que la maison Bourremane me gâche une retraite bien méritée.
FIN
© Noircommenieto, 2011

14 août 2009 at 18:54
C’est très très bien, mais il faut un dictionnaire pour comprendre.
bravo!
Très bien aussi le pastiche de Sherlock Holmes.
bravo .
13 mai 2011 at 18:11
J’adore…comme d’hab !
Pour ceux qu’entrave, ça chatouille les escourdes et ça rappelle un autre temps !
Shake Man !